Les portables ont changé nos vies

EL WATAN 23/06/2008 Les portables ont changé nos vies

Du bip à la génération mobile

Dans l’utilisation du téléphone mobile, on distingue trois générations différentes. Les 12-24 ans en font un usage multiple. Ils l’utilisent pour avoir l’heure et comme calculette. Ils prennent aussi des photos, font des vidéos et écoutent de la musique.

Pour la classe des 25-39 ans, l’usage est plus fonctionnel et rationnel. S’ils perçoivent l’outil de communication de manière positive, cette tranche d’âge se veut plus critique que les plus jeunes utilisateurs. Les plus de 40 ans ont pour leur part une relation utilitaire et distanciée. Le téléphone portable est un objet qui ne cesse de se perfectionner. Comme toutes les technologies, les mutations vont très vite. Ainsi, il est aujourd’hui possible de multiplier les activités à partir d’un seul téléphone mobile. Certains utilisateurs reçoivent et envoient des mails depuis leur portable, surfent sur Internet et regardent des vidéos.

D’autres ont la possibilité de le faire, mais sont, pour diverses raisons, encore très réticents ou encore hésitants. Aujourd’hui, et sous l’impulsion de la réforme du secteur des télécommunications en Algérie, il est présent au niveau de toutes les tranches d’âge, sans exception. Avec trois opérateurs opérationnels sur le marché (Djezzy, Mobilis, Nedjma), la course à l’abonné est à chaque fois relancée. La première remarque à faire est la suivante : la question que l’on pose lorsqu’on appelle quelqu’un sur son portable n’est plus le traditionnel « Bonjour, comment vas-tu ? », mais « Où es-tu ? » « Est-ce que je te dérange ? », car nous n’avons aucun moyen de savoir où se trouve réellement la personne à qui nous téléphonons à cette minute précise et donc ce qu’elle peut faire.

Le téléphone portable permet de rétablir un lien affectif, l’accessibilité à l’autre de celui qui n’est jamais chez lui, parce qu’il se déplace souvent. Il permet de rentabiliser l’attente du bus, durant laquelle on ne pouvait, auparavant, faire autre chose que penser à quelqu’un et en matérialisant cette pensée, désormais, par l’appel téléphonique.

Il n’est plus confiné à un lieu spécifique : il ne connaît plus de frontières, sinon les limites physiques et psychologiques propres à la personne, c’est-à-dire, la perception ou non de la sonnerie ou de la vibration signalant l’appel, ou la volonté délibérée de ne pas recevoir la communication en renvoyant tout appel sur la boîte vocale ou encore, en filtrant grâce à l’affichage du numéro qui indique la provenance de l’appel. Comment expliquer un tel succès ?

Les raisons avancées sont multiples et se conjuguent selon les sociologues. Il s’avère inopérant d’expliquer ce phénomène par un argument centré sur la technologie qui, seule, dicterait sa loi au moyen de révolutions que vanteraient des marchands, toujours prompts à dominer le marché. Et un raisonnement qui ne tiendrait compte que du social ne permettrait pas non plus d’en appréhender la complexité. Les évolutions technologiques et l’intensification de la concurrence ainsi que la pression du marché obligent les opérateurs, y compris en Algérie, à affiner continuellement leur modèle économique et trouver des relais de croissance. D’abord uniquement centrés sur la voix et les communications interpersonnelles, les services liés au téléphone mobile s’orientent de plus en plus vers les données et cela n’est pas prêt de s’arrêter avec les promesses de la 3G et de l’ADSL (haut débit).

  par Kamel Benelkadi