La santé dans un état critique

Des spécialistes tirent la sonnette d’alarme

El Watan 08/10/2007

La santé dans un état critiqueBien que des acquis aient été constatés sur certains plans, c’est un diagnostic catastrophique qui a été établi samedi soir à Alger par des spécialistes sur la gestion du système de santé en Algérie.
Evoquant d’emblée « les insuffisances » du système public de santé, le professeur Pierre Chaulet a déploré la « discontinuité dans la prise de décision, liée au changement fréquent des responsables du secteur », lors d’une conférence-débat organisée par l’Alliance nationale républicaine (ANR) à Riadh El Feth sous le thème « Penser la santé et la sécurité sociale en 2020 ».

Cet ancien chef de service de pneumo-phtisiologie du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Beni Messous (Alger) et expert consultant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) va encore plus loin en relevant « une absence apparente de vision stratégique du développement nécessaire des services de santé ». Catégorique lui aussi, le Pr Mourad Baghriche constate « un laxisme » et « un dirigisme de l’administration centrale au détriment de son rôle de régulateur ». Il estime que « le système de santé a un obstacle d’ordre moral et éthique ». Usant pour étayer son constat d’une comparaison des budgets impartis en 2006 aux secteurs des moudjahidine et de la santé, cet ancien directeur au ministère de la Santé qualifie cela d’« anomalie extrêmement grave ». Ce qui lui fait dire que « le pouvoir a choisi le passé au lieu de l’avenir ». C’est en ses dirigeants que la santé va mal, selon ce spécialiste qui insiste sur le facteur humain sur lequel il faudra investir dans les prochaines années. L’orateur fait le même constat pour le privé en relevant une « anarchie » dans ce secteur, qui connaît, à ses yeux, « une expérience dangereuse ». Autres carences signalées par ces spécialistes, « des inégalités dans la répartition des infrastructures et des équipements, la dévalorisation des structures sanitaires de proximité par rapport aux établissements hospitaliers, l’insuffisance de l’information sanitaire concernant la demande de soins et les coûts réels de santé ainsi que l’absence d’une liste nationale de médicaments et vaccins essentiels ».

Afin de faire face aux « problèmes des prochaines années sans faire d’erreurs d’aiguillage », le Pr Chaulet propose de « réhabiliter et renforcer les services de proximité, capables de délivrer en permanence des soins essentiels ». A ses yeux, « ceci suppose une révolution copernicienne dans les modes de gestion et d’affectation des ressources humaines, matérielles et financières ». Les invités de Rédha Malek ont également insisté sur la nécessité d’adapter notre système de santé aux mutations démographiques constatées ces dernières années, avec un mûrissement de la population et l’« explosion » des maladies dégénératives, devenues principales causes de décès. « Avec la transition démographique en Algérie, l’espérance de vie moyenne dépasse désormais 74 ans (74,8), avec tout ce que cela implique comme besoins de santé », selon le Pr Pierre Chaulet. Le constat : « De plus en plus de maladies cardiovasculaires et de pathologies dégénératives en général, comme le diabète et l’hypertension artérielle », précise l’orateur. Le Pr Rachid Bougherbal, président de la Commission médicale nationale, avertit, quant à lui, sur les risques d’une « véritable épidémie de maladies nouvelles » liées au vieillissement et auxquels l’Algérie devra faire face à l’avenir. « En 1962, la catégorie des +60 ans représentait moins de 2% de la population. Ce taux est passé actuellement à 5,2% et il y a aujourd’hui 1,1 million d’Algériens de plus de 70 ans », a-t-il relevé. Ces maladies qu’il qualifie aussi de « maladies civilisées » sont « des pathologies chroniques, dont le traitement coûte cher », selon lui, en insistant sur la nécessité d’adapter les dépenses publiques de santé à « cette nouvelle réalité ».

Le Pr Bougherbal illustre ses propos en prenant l’exemple du cancer qui est, a-t-il précisé, la cause de 9% des décès en Algérie alors qu’il accapare 45% des dépenses de santé publique. Selon les chiffres présentés par ce spécialiste de santé publique, les maladies cardiovasculaires étaient responsables de 29,5% des décès en 2006, les tumeurs malignes de 16%, les affections respiratoires de 7,6% et le diabète de 7,4%. « Nous avons de plus en plus de maladies propres aux pays développés sans avoir les moyens de ces pays », a-t-il avancé. Le Pr Noureddine Zidouni, chef de service de pneumo-phtisiologie au CHU de Beni Messous, a relevé pour sa part une autre tendance à risque : l’obésité. « La population obèse et préobèse représente plus de 50% de la catégorie d’âge des 35-70 ans, laquelle représente à son tour la moitié de la population algérienne », a-t-il précisé. Pour ce spécialiste, « si nous ne développons pas le système d’information sanitaire, nous aurons toujours des tendances approximatives ». Pour ces spécialistes enfin, il faut (re)penser le système de santé par une concertation démocratique.
 

par Rabah Beldjenna

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