Affaire de l’accouchement tragique de Sabrina à Sidi Aïch

Le gynécologue : “L’erreur n’est pas à mon niveau” Le mari : “J’accuse !”


Affaire de l’accouchement tragique de Sabrina à Sidi AïchL’histoire tragique des deux bébés de Sabrina morts à l’hôpital de Sidi Aich n’a, pour l’instant, pas livré tous ses secrets. Pour son mari, à n’en point douter, les deux bébés ont été atteints en plein vol d’une pierre de fronde tirée par un gynécologue et un personnel d’une structure médicale négligents. Dans des conditions tragiques, deux bébés "ont été tués" avant même d’ouvrir les yeux !

Leur géniteur ne va pas par quatre chemins pour accuser vertement les deux parties d’être responsables de ce drame. D’où, réclame-t-il, "la nécessité de situer les responsabilités " et les auteurs de cet "infanticide involontaire" doivent répondre de leurs actes devant la justice. Cette affaire aux relents d’un scandale suscite d’ores et déjà de vives indignations. Cependant, plusieurs questions se bousculent avant même que la justice ne fasse la lumière sur ce qu’il convient d’appeler désormais “l’affaire Sabrina’’.

Est-ce la faute du gynécologue ? De l’hôpital de Sidi Aich ? Des parents des bébés ? Une fatalité ? Flegmatique, le gynécologue, accusé de "faux diagnostic" et qui pris contact avec notre rédaction pour nous donner sa version des faits déclare d’emblée qu’il exerce "une profession exposée". Mais à quoi ? Aux fautes ? A des faux diagnostics? Il demeure évasif et répond approximativement : "On peut tomber dans l’erreur médicale faute de consultations régulières de nos patients", laisse-t-il tomber.

Flair professionnel à l’affût, mais qui ne lui sera pas pour autant salvateur pour s’en laver complètement les mains, il concède prudemment : "Dans le cas de Sabrina, il faut faire des échographies rapprochées pour éviter toute erreur de diagnostic." Il explique : "Dans son cas il faut au moins une consultation par mois sinon tous les quinze jours" Donc il y a bien eu erreur ! " Pas à mon niveau" se défend-t-il, arguant que "lors de la première consultation que j’ai gardée à mon niveau, j’ai mis : grossesse gémellaire à contrôler." Faute de documents à l’appui, tout cela reste à vérifier sinon à prouver devant le tribunal. Il poursuit "au stade où en étaient les choses à cette date, c’était juste une hypothèse avant de procéder ultérieurement à un contrôle plus poussé." L’hypothèse sera en effet vérifiée lors de la deuxième consultation de Sabrina.

Une consultation, estime-t-il, "tardive", mais néanmoins le diagnostic était, selon lui, clair : "Il s’agit d’une grossesse gémellaire dont un bébé est mort in utero et j’ai gardé les données échographiques à mon niveau." Pourquoi ?" De peur qu’ils ne tombent entre les mains de ma patiente ou d’une “tierce personne”. Suite à quoi, ajoute-t-il, "j’ai donné à Sabrina un traitement sédatif." Plus loin, il précise que "le jour même son mari m’appelle en me suppliant de ne rien lui dire pour ne pas l’inquiéter". Le mari savait-il donc que sa femme portait dans son ventre des jumeaux ? "Non", répond le gynécologue. Dans un moment de réflexion, il rectifié : "Je ne me souviens pas si je l’ai mis au courant ou pas."

De quoi s’inquiète alors le mari et quelle a été la finalité de cette complicité entre lui et le gynécologue ? "Parce que Sabrina est une personne fragile psychologiquement" révèle-t-il en précisant : "Je n’ai pas révélé le diagnostic à temps de peur de faire subir à ma patiente une dépression durant la grossesse." De là, ajoute-t-il, "j’ai pris la décision de la ramener à terme pour au moins garder sain et sauf le deuxième bébé."

Voilà que le gynécologue dégage toute responsabilité dans la mort des deux bébés, mais regrette cependant d’avoir commis une seule erreur : "Ne pas avoir dévoilé la réalité à Sabrina." Le gynécologue est-il en droit et a-t-il la latitude de ne pas révéler aux parents une mort fœtale ? A cette question, le conseil régional de l’ordre des médecins, par la voix de son représentant à Béjaïa, estime que le gynécologue a agi en fonction de ce que stipule l’article 51 du code de déontologie médicale. L’article en question stipule : "Pour des raisons légitimes que le médecin, apprécie en toute conscience, un malade peut être laissé en ignorance d’un pronostic grave ; mais la famille doit être prévenue, à moins que le malade n’ait préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite.

Ce diagnostic grave ou pronostic fatal ne doivent être révélés qu’avec la plus grande circonspection". Se gardant de faire le moindre commentaire, Farid Aoudia, estime qu’il ne peut se prononcer avant d’avoir entendu les versions des deux parties en précisant que le gynécologue incriminé "a le droit de ne pas révéler la mort fœtale dans le souci de mener une grossesse évolutive."

Aujourd’hui, dit-il, "n’ayant pas reçu une plainte, je n’ai qu’à compatir avec la famille" avant d’ajouter qu’au stade où en est l’affaire, "tout l’intérêt est de trouver qui a dit vrai et qui a dit faux." Selon lui, pour éviter "tout parti pris", l’affaire sera probablement traitée en national, parce que, explique-t-il, le médecin incriminé est membre du conseil régional de l’ordre et président de la commission de discipline. Le directeur de l’hôpital de Sidi Aich souligne, de son coté, que "l’hôpital n’a pas failli", car, précise-t-il, Sabrina "n’a pas été admise pour accouchement."

A ce titre justement, le représentant du conseil de l’ordre des médecins estime qu’"il ya dilution des responsabilités au niveau de l’hôpital" en soulignant que tout le système a failli. Le Dr Amar Diboun, président de la section ordinale régionale des médecins qui nous a joints par téléphone depuis Tizi-Ouzou, promet, quant à lui, d’"éclairer l’opinion publique sur ce cas" avant de nous faire part que "l’ordre a été interpellé et s’il y a faute nous statuerons, car le médecin est avant tout responsable de ses actes". Nous y reviendrons.  

 La Dépêche de Kabylie

Agenda

October 2020
M T W T F S S
28 29 30 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31 1