Tout en estimant que la rencontre d’hier est historique

Bouteflika se réconcilie avec la Kabylie

Tous les regards étaient braqués vers la région. Après Bgayet, c’était Tizi Ouzou d’attirer les regards des observateurs à l’occasion de la venue de Abdelaziz Bouteflika, candidat-président à la présidentielle du 9 avril.

Envoyés spéciaux Mohamed Mouloudj et Yacine Imadalou

Les plus perplexes s’attendaient à des scènes d’émeutes, mais la Kabylie, toujours fidèle à son légendaire sens de l’accueil et d’hospitalité a montré toute sa grandeur. Elle a, aussi donné une leçon de civisme et de maturité politique à ceux qui la pointe du doigt. Elle ne veut plus être le gladiateur de la nation, mais, même sans le dire, son attachement au combat démocratique reste inchangé.

Hier, les relations entre la frondeur Kabylie et Bouteflika dégèlent, laissant place à une véritable symbiose et le temps printanier a fait le reste. Tizi était en couleur hier, non pas pour oublier mais pour dire qu’une nouvelle page peut s’ouvrir et le contentieux politique ne peut être résolu que par des rapports politiques seins et responsables. Après un bain de foule, au boulevard Houari Boumediene de Tizi Ouzou, où les supporters du candidat Bouteflika se sont rendus dès le début de la matinée d’hier, des personnalités de la région ont tenu à accueillir l’hôte de la ville des Genêts dès son arrivée.

Parmi elles, on pouvait distinguer Amara Benyounès, membre du directoire de campagne de Bouteflika et SG de l’UDR, Loucif Hamani, ancien gloire de la boxe, Ali Haddad, miss Kabylie, Mohand-Cherif Hannachi et l’équipe de la JSK, Ali Feraoun… Lors du bain de foule, qui était, par ailleurs inimaginable à Tizi il y a quelques années, le candidat Bouteflika a salué les présents qu’il n’a pas vus depuis la campagne électorale pour les présidentielle 2004. Cinq ans sont passés sans que les deux parties aient une opportunité ni pour se réconcilier ni pour se déclarer officiellement la guerre. Hier, était, beaucoup plus une occasion pour Bouteflika d’apprécier toute la grandeur de la région.

Dans la salle de spectacle de la Maison de la culture où un meeting a été programmé pour la circonstance, les présents ne juraient que par la joie des retrouvailles. Le travail réalisé par le comité local de soutien à Bouteflika est monumental.

11h30, Bouteflika fait son entrée sur la tribune de la salle. C’était au jeune Yacine Laâmrani, lauréat du premier prix de Forsane El Koran, d’ouvrir le bal avec la récitation d’un verset coranique, s’en suivra un long exposé du directeur de campagne de Bouteflika dans la wilaya de Tizi Ouzou, El Hadi Ould Ali. Dans son exposé, le directeur de la Maison de la culture a énuméré les différentes réalisations dans la wilaya durant les dix ans de règne de Bouteflika. Les secteurs de l’éducation, l’habitat, la santé, le sport…ont été passés en revue par le directeur de campagne de Bouteflika. Quelques instants après, c’était au tour de Ali Feraoun, fils du romancier Mouloud Feraoun, de rejoindre la tribune pour offrir un burnous kabyle à l’hôte de Tizi.

"Je peux mourir en toute tranquillité maintenant…"

Prenant la parole sous les applaudissements et les ovations des présents, Bouteflika a indiqué que la rencontre d’hier "est historique", avant de souligner : " Je n’ai jamais imaginé la Kabylie sans l’Algérie et l’Algérie sans la Kabylie. Je ne suis pas venus faire un discours, je suis venu vous voir", a enchaîné Bouteflika, tout en faisant montre d’être ému par l’accueil que lui a réservé la ville de Tizi Ouzou, Bouteflika se lance dans un discours des plus courtisans et des plus louangeurs à l’adresse de la région.

Ainsi, il insistera sur le fait que l’accueil dont il a bénéficié hier à Tizi Ouzou "est digne du fier Djurdjura", avant de rendre, comme il l’a fait à Bgayet, un hommage aux martyrs du Printemps noir 2001 de Kabylie, où 126 personnes ont été assassinées par les forces de sécurité. "Je m’incline devant la mémoire des victimes des événements de Kabylie". Et d’ajouter que "toute l’Algérie pleure ces jeunes".

Toujours dans le même ordre d’idées, Bouteflika a déclaré : "A un tel niveau de responsabilité où je suis, je ne sais pas qui a provoqué ces événements." Une déclaration très lourde de sens dans une région qui revendique depuis plus de 8 ans, la comparution des assassins de ses fils devant le tribunal. En tant que premier magistrat du pays, la région a toujours endossé ces crimes à Bouteflika qui, décidément, se lave les mains d’un "crime d’Etat" qu’il dit ne pas commettre.

Cette déclaration vient aussi confirmer la thèse selon laquelle la Kabylie sert de fusible à chaque fois que les choses ne vont pas bien. Pour soutenir sa déclaration Bouteflika a souligné qu’il a toujours dit les choses en face.
"Quand je me trempe, je sais faire mon mea culpa.

Je ne frappe jamais derrière le dos, même mes ennemis et que dire de mes concitoyens", a encore renchéri Bouteflika qui a trouvé en cette rencontre avec la population de Kabylie, une opportunité de mettre fin à un contentieux qui n’a que trop duré, estiment certains.

"L’unité du pays et la réconciliation sont ma vie", a encore souligné Bouteflika, devant un parterre de supporters qui répliquaient par "Assa Azekka, Bouteflika Yella Yella".

"Aidez-moi, je vous sollicite fraternellement"

Lors de son discours, Bouteflika a reconnu que la région vit un malaise économique et social des plus étouffants. Ainsi, il a appelé l’assistance à l’aider dans sa mission de mener le pays en soulignant que le problème foncier se pose avec acuité dans la région. "Pour résoudre le problème du foncier, l’Etat est prêt à payer le prix pour acheter des parcelles de terrains pour nos projets", a assuré Bouteflika avant d’appeler "fraternellement" les gens à l’aider dans cette mission.

"Vous êtes attentifs à ce qui se fait ailleurs et même à ce qui se réalise chez vous", a argué Bouteflika pour désigner l’intérêt avec lequel la Kabylie suit le quotidien de tout le pays. "L’Algérie est à vous", a clamé Bouteflika à la salle de spectacles avant d’inviter la population à se rendre aux urnes le 9 avril prochain pour élire leur président. "Je ne viens pas avec un nouveau programme à vous présenter, je viens vous proposer la continuité et si vous êtes d’accord de continuer la route avec moi, votez pour moi et si vous n’êtes pas convaincus par mes réalisations, changez de cap et je suis toujours avec vous pour le changement", a résumé Bouteflika son appel au vote, avant de rendre un vibrant hommage aux femmes, en général et à Louiza Hanoune, porte-parole du PT, candidate à la présidentielle "pour le travail qu’elle fait pour les femmes".

A propos du terrorisme, Bouteflika a souligné que les portes du pardon sont toujours ouvertes, mais sans pour autant se laisser terroriser davantage par ces égarés. "En aucune manière, nous ne vivrons dans la peur du terrorisme." Une manière pour le candidat de réaffirmer l’engagement de la République à anéantir le reste des groupuscules terroristes qui écument certains maquis, et de souligner que "le peuple algérien ne capitule pas".

Enfin, Bouteflika, après avoir passé en revue l’importance de cette élection, a indiqué qu’après le 9 avril "si je suis réélu, nous allons construire une Algérie nouvelle".

 La Dépêche de Kabylie

 

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